26 novembre 2015

Ces survivants qui nous ont permis de vivre


Inventer des communautés qui ne soient pas des familles ; ne trouver de patrie que dans l’enfance. Chercher des mots qui ne seraient pas des positions. Gagner des positions qui seront des mouvements. Habiter des failles. Désirer seulement des devenir.
Refuser la guerre non à cause des morts seulement, mais au nom d’eux.


Ces survivants qui nous ont permis de vivre

Texte paru dans l'anthologie
éditions La passe du vent, 2014


À Robert Morali,
et à ses arrière-petits-enfants

Tu connais de lui sa voix de ventre, ses gestes calmes. Il te presse des oranges sanguines dans des verres à moutarde, t'égraine des grenades, les fruits des collines rouges en arrière de ses yeux. Et s’il les a dans le vague, tu te dis qu’il est à Tébessa dans la maison de son enfance. Il ne te vient pas à l’esprit qu’il pourrait se trouver en Alsace, à tenter de rejoindre une partie de lui demeurée atterrée dans un charnier. Tu passes toute ta jeunesse sans savoir que ton grand-père est un survivant. Tu ignores qu'il s'en est sorti en faisant le mort parmi les bras, les jambes de ses compagnons morts — et pourquoi eux et pas moi et comment vivre avec cet héritage de tout un bataillon d’hommes partis du Sénégal ou d'Algérie pour se battre en tant que Forces Françaises Libres. Certains étaient morts avant, de froid.

*
Tu te souviens qu'il avait croisé un homme dans le métro, un clochard qui lui avait demandé de l'argent, et que c'était l'un de ceux avec lesquels il avait combattu. Tu ne sais rien d'autre que cette immense compassion qu'ils ont eue l'un pour l'autre en se retrouvant par hasard dans un métro de Paris. Ils se sont tombés dans les bras. Mais comment était-ce possible de s'être retrouvé là ? Était-ce des médailles qui allaient les protéger de la misère ? Les honneurs n'avaient rien empêché de la force d'abandon dans laquelle on laisse ceux qui se taisent.

*
Traitement de la médaille militaire. Certificat d’inscription Morali Robert, né le 13/03/1923 à Tébessa  — Constantine, est inscrit au registre matricule des Médaillés militaires pour un traitement annuel de 15 francs, payable annuellement avec jouissance à partir du 1er janvier 1969.

*

Tu ne savais rien des médailles et des honneurs dans les tiroirs, des risques pris, du courage, de la folie, de la nécessité, mais tu savais la bonté. Partout d’où tu reçois des flots de tendresse, se cachent des blessures trop profondes pour être partagées autrement qu'en les effaçant sous l'amour inconditionnel de la descendance. C'est la foi en l'avenir qui guérira du passé, l'instinct de survie. C'était hier. C'est aujourd'hui.

*

Comment être digne de cette lueur inquiète reçue en héritage au front ?
Comment être vigilant face à l'oubli, au mensonge de l'histoire ? 
Ce qui a été gagné n’est pas un acquis.

*

Lui dire — comme si c'était lui l'enfant et toi l'ancêtre — qu'il n'aura pas à s'en faire, que l'avenir lui donnera raison d'avoir cru en la France au point d’être devenu un survivant pour elle. Le regarder dans les yeux comme on regarde un enfant sans mentir, en serais-tu capable ? Lui dire : Tu as eu raison de tout quitter, de rayer ton premier prénom dans ta carte d'identité, quand ce nom ne sonnait pas si français que ça, pourtant la France avait voulu l'Algérie et ses autochtones avec. Certains avaient été naturalisés français, par le décret Crémieux de 1870, puis avaient perdu tous leurs droits au début de la guerre ­— abrogation du Décret Crémieux le 7 octobre 1940. Il y avait de quoi s'inquiéter quand une armée de Juifs était mise en place en Algérie. Pour aller où ? Pourquoi ? Mais tu avais vu au-delà et tu étais parti spontanément rejoindre la 1ère DFL en Tripolitaine. Ruben Robert Morali, je te redonne ton nom tout entier. Tu as quitté le pays une nuit en secret. Tu sentais la soupe chaude. Vous n'aviez plus le droit d'aller à l'école. Le gouvernement de Vichy vous avait retiré le droit à l'instruction, votre dignité. Vous n’étiez plus français et n’aviez plus accès à certaines professions. Il ne t'en a pas fallu d'avantage pour mettre ta jeune vie de dix-sept ans en danger. Les lois raciales.

*

Pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit de cette humiliation d'avoir été exclu du système d'éducation, des cheveux brûlés de ta mère, de la perte du statut de citoyen ? Tu avais une vie à construire et tu venais de rencontrer celle avec qui tu voulais le faire. Il fallait avoir la foi en la grandeur de l'homme et en sa dignité souveraine pour miser sur tes jambes qui allaient te conduire des Aurès jusqu'en Tripolitaine, de Tunisie en Provence, en Italie, en Alsace jusqu’à la libération.

*

Décret Citation à l’Ordre de l’Armée 2ème Régiment d’Infanterie Coloniale « Unité de volontaires ralliés au Général de Gaulle en Palestine sous le nom de 2ème Brigade, avec les Bataillons de Marche qui s’étaient déjà distingués en Érythrée, a participé depuis à toutes les campagnes de la France Libre et de la Libération. En Syrie, en Lybie à el Alamein, en Tunisie à Takrouna, en France à Toulon, à Belfort, à Colmar et dans les Alpes, ce magnifique régiment a toujours représenté l’un des corps les plus solides, les plus braves et les plus ardents de la Première Division Française Libre. Composé à l’origine de tirailleurs d’Afrique Noire encadrée de volontaires français, entièrement renouvelé par suite des pertes subies au cours de multiples combats, le 2ème régiment d’Infanterie Coloniale a terminé la campagne avec des jeunes engagés accourus spontanément de toutes les provinces de France, et n’a déposé ses armes qu’après la victoire finale ; cinq années de luttes ininterrompues sur trois continents, et de nombreux hauts faits sanctionnés par plus de cinquante croix de la Libération et trois cent cinquante citations à l’ordre de l’Armée ».Cette citation comporte l’attribution de la croix de la Libération et la croix de guerre avec palme. 
Fait à Paris, le 7 Août 1945Charles de Gaulle.
Forces Françaises Libres
Première Division – Deuxième Brigade
État major – 1er Bureau
N° 483 Le soldat de 1ère classe Nom : Morali Robert
Du Bataillon de Marche n°5A pris part aux opérations de : Tripolitaine, Tunisie, Débarquement de Sicile, Opération du pont Fhas Pichon, affaire de Tivoli, Opération de renforcement de la ligne Gustave Hitler, Italie, Bataille de Monte Cassino, Opération de Provence, poursuite route 71, prise de Hyères et Toulon, Libération de Lyon, Opération des Vosges et Belfort, Opération des Alpes, Campagne d’Alsace.Dans les rangs de la 2ème Brigade Française Libre, qui de l’Euphrate au Rhin en Asie en Afrique en Europe a mené depuis le 18 juin 1940, tous les combats de la libération. 
Le 1er Novembre 1945. Le Colonel Gardet, Cdt la 2ème B.F.L
*

Je ne peux pas oublier le parfum de ton eau de toilette à la lavande dans toutes les salles de bain de tous les appartements des postes où tu as logé. Il y a certainement, à Flers comme à Coutances, à La Mouche, à La Verpillière comme à Beaujeu, à Champagne-au-Mont-d'Or, à Treffieux, à Tebessa, à Dinan, ton sillage mauve d'homme élégant qui n'a jamais renoncé à se battre pour ses devoirs de citoyen français, malgré, malgré et malgré... Dans la France des Jours Heureux tu as refait ta vie, nomade, allant de ville en ville, de bureau de poste en bureau poste, pour obtenir quelques avantages de carrière. Tes enfants avaient le droit d'étudier. Tu travaillais fort pour les études de mon père. Il a quitté le foyer familial à l'âge de neuf ans et est resté en pension pour le reste de sa scolarité, suivant de loin vos déménagements. Tu étais fier de lui. Fier de moi plus tard quand j'ai eu mon Bac trois ans avant ton décès. Au moins cela j'ai pu te l'offrir, au moins cela.

*

Y aura-t-il un jour sans pouvoir renoncer ? Y aura-t-il une vague plus forte que les autres ? Y aura-t-il un prix à payer pour n’avoir pas pris soin de ceux qui se sont battus ? La reconnaissance étant celle de nommer, de dire ce qui a été tu. Ça tient sur une dizaine de photocopies, les faits de guerre.

*
Extrait de l’ordre général N°212 Citation à l’ordre du corps de l’armée Morali Robert – 1° Classe – « Téléphoniste au Bataillon, a toujours fait preuve d’une haute conscience professionnelle et d’un allant remarquable. Infatigable et toujours volontaire pour les missions difficiles et dangereuses, a été blessé alors qu’il suivait avec son fil une compagnie de F.V., le 23 Janvier 1945, lors du franchissement de vive force de l’Ill. »
En opérations, le 29 avril 1945 Le lieutenant Lattes Cdt la C.C.

*

Né le mardi 13 mars 1923 à Tébessa, département de Constantine, Robert Morali est mort le vendredi 13 août 1993, sans avoir pu profiter de sa retraite. Il est tombé d’un arrêt cardiaque à Dinan en jardinant dans une arrière-cour de la rue du 8 mai 1945.

*

C'est une tristesse qui vogue à l'abandon près de toi, sur toi, en toi, une étrange douceur éloignant l'ennui, un amour chargé de dégoût, le poids des corps, le déni de la honte, l'inquiétude à jamais de perdre les avantages gagnés de droit, le manque de confiance en la terre, la peur du rejet, la fierté gardée secrète de ses origines, quand personne ne sait vraiment qui l'on est. À l’heure de sa mort, tu prenais un jeune homme d’origine algérienne en stop sur la route de Saint-Cast. Et ça n’allait jamais s’éteindre, cette soif d’aller vers les autres, de rencontrer, de connaître, de transmettre, de t’engager pour la circulation de la parole, une meilleure connaissance des uns des autres qui passe par le courant d’humanité lové au fond des mots. Tu te sens chez toi parmi les gens libres.


*

Nous irons partout là où nous sommes chez nous

à la place du cœur c'est chez nous
dans la parole c'est chez nous

Nous reviendrons chez nous, sur la terre

À l’heure d’interroger les stèles
mon grand-père est resté le héros
l’ombre de ma main qui me fait écrire
la fureur de vivre
la douceur qu’on imprime patiemment
en sachant qu’on n’a pas dit son dernier mot
face à l’injustice qui relègue des peuples
au ban de la société

Colère légitime
le refus de la stigmatisation

Si l’on peut nous retirer une nationalité du jour au lendemain
si les droits durement acquis sont encore si fragiles
interrogeons notre sang
palpitons sous l’enfance
la joie neuve d’un dû

Le droit à la parole, à l’éducation, à la dignité
l’égalité des peuples
la confiance en l’autre
le regard droit

Résister, prendre le pouls
du murmure d’un sang
jamais apaisé

Nous si vieux qu'un pays sera le monde
sers-nous contre toi
fièvre éteinte
ce qui dure c'est la lutte de nos paroles endormies
qui battent sous la tempe de nos enfants choyés

libère-toi de nos morts
pour une paix plus immense

dis que le vent remplace
chaque pas sur la terre

accepte ton destin
de lourdes tâches t'attendent

ne rien changer à ce qui demande l'amour



L.M., oct.2014

Au même moment, ma cousine Estelle Morali-Silver
marche sur les pas de "l'homme doux au parfum de lavande": 
Racines mouvantes - Les Vosges 

1 novembre 2015

Fondre dans le ciel

Ce voyage des vents qui rêvent des vents qui rêvent des vent qui rêvent
halte en soi 
de neige nous sommes devenus
les fils


rêves d'humains / de fils / nuit neige et rêve au vent mêlés / des plumes de corbeau / des mots solides / la force de la neige / soupirs enfoncés / grave léger le nord dans lequel / nous avançons aveuglément 

il neige et l'avion d'Air inuit se soulève / le moteur caresse la nuit 




Nutshimit / les anges de Shimun me fondent sur le cœur / Maniten Shan-Mani Maniu Pashin / je vous traverse vous / me traversez / uashteu tshinanu / ensemble la naissance / brûle 


le nord a la lumière / l'avion a le vent / la voix laisse des traces même sur l'air / des silences rauques me revient / sa peur de l'avion / sa joie partout sous les yeux / quand nous avons touché terre / celle que je survole là / le bois / de voyage en voyage / jusqu'au jour où le ciel m'a raflé son regard / et l'a dispersé en neige sur le nord 






De Sept-Îles à Schefferville, le 1er novembre 15













  

31 octobre 2015

Vers mushuau-assi

Demain, nous partons à Schefferville, à Matimekush. Je ne pense pas avoir jamais été aussi loin vers le nord, si proche de mushuau-assi, la terre dénudée. 
Après Pessamit, où nous étions la semaine dernière, Joséphine Bacon et moi entamons la deuxième étape d'une tournée d'ateliers d'écriture avec des enfants du primaire et du secondaire de dix communautés innues, à l'initiative de l'Institut Tshakapesh qui désire rassembler les jeunes, éloignés géographiquement les uns des autres, autour d'un projet commun. Poursuivre un travail dont ils ont vu la trace dans l'album Mingan mon village, poèmes d'écoliers innus. En juin 1996, je donnais mon premier atelier de poésie à Mingan. Le visage du garçon dessiné sur la couverture de cet album paru en 2012 est celui de Maverick, le fils de Mélina qui avait participé à mon atelier en 96 alors qu'elle avait dix ans. Mélina et deux autres jeunes filles, toutes aujourd'hui mères de plusieurs enfants, m'avaient suivie  jusqu'en Bretagne pour écrire  là-bas. En juin, ça fera vingt ans. Je donnerai encore un atelier sur la plage d'Ekuanitshit en ramassant des mots-cailloux sous le souffle des baleines, avec le même plaisir enfantin et, en plus, quelques cheveux blancs. Mais demain nous partons à Matimekush. Nous ferons escale à Sept-Îles puis à Wabush. Et je sens déjà une odeur de cuir de caribou, de feu et de thé fort. Dans le recueil "Nipishapui nete mushuat / Un thé dans la toundra" de Joséphine Bacon, un vieux chasseur appelé Mishta-Napeu lui dit : "Si un jour tu vas dans la toundra, tu sentiras que la terre te porte." Je survolerai sûrement le lac de mon ami Shimun, Kukamessit, où nous avions passé trois mois à l'automne 1998. Son sourire me donnera de la force.



27 octobre 2015

Étoile est un mot animé



"Tu te rends compte, on vit avec les étoiles !"



dit-elle...


et s'enfuit, Joséphine


Joséphine Bacon dans les herbes de la plage du Pessamit de son enfance, un jour d'été indien.


"En innu-aimun, le mot ushekatak, étoile, est animé comme les gens, les animaux, les arbres, tout ce qui vit, mais aussi comme le nom des raquettes qui nous aident à marcher en hiver et celui des ustensiles de cuisine grâce auxquels on prépare la nourriture qui nous donne l'énergie de marcher."



Je ne comprends pas pourquoi utshekatak, l'étoile, et kashkun, le nuage, sont des mots animés tandis que nutin, le vent, et nipi, l'eau, ne le sont pas. Encore plus incompréhensible pour moi, uinipek, la mer, fait partie des choses inanimées... Joséphine me demande de ne pas chercher à comprendre, mais d'apprendre, comme elle a dû le faire avec le masculin et le féminin en français, là où la langue innue ne distingue pas de genre, mais plutôt une charge d'activité ou de passivité. Le caractère animé ou inanimé d'un mot fait changer la terminaison du verbe qui l'accompagne.

Nuapamau utshekatak 
Je vois l'étoile (briller)
Nuapaten nutin 
Je vois le vent
Nuapamau kashkun
Je vois le nuage (bouger)
Nuapaten uinikek 
Je vois la mer 

Et quand les enfants, en atelier d'écriture, voudront personnifier le vent, on n'aura pas d'autre choix que de l'animer d'une majuscule: "Nuapamau Nutin... Je vois Vent..."



Shashish 
unaman-shipiu Pinamenanan
nitikuti :
"Tshika uapamau 
apita-tshishishtau Utshekataku."

La vieille Philomène 
de la Rivière d'Ocre
un jour m'a dit :
"Si tu sais regarder
Tu verras l'Étoile de midi."

Joséphine Bacon,
Tshissinuatshitakana / Bâtons à message
Éditions Mémoire d'encrier, 2009

                                                                                  © photos : Laure Morali
à Pessamit
octobre 
Uashtessiu-Pishim
"La lune pendant laquelle la terre s'illumine"
2015















29 septembre 2014

Orange sanguine — le prélude





Cette nuit, après avoir mis la dernière touche à Orange sanguine, j’ai revu mon grand-père en rêve. Vingt et-un ans que je n’avais pas touché ses mains, fondu sous son sourire.

Est-ce le pouvoir de la poésie? S’enfoncer dans le silence, creuser le temps, recueillir les traces infimes de la présence des gens que l’on aime. À force de patience et d’abandon, guidée par la lumière de l’enfance, je rattrape la main qui me pressait un fruit rouge dans un verre à moutarde. Mon grand-père avait perdu son pays et me le rendait chaque matin en me faisant boire le jus de l’orange sanguine; gage d’une vie de nomade et de résistant, il m’offrait la terre dans un fruit.
On croit voyager. On prolonge simplement la route de ceux qui nous ont nourris. Le vent de départ qui me précède me ramène chez moi au poème. Écrire permet de faire circuler le souffle du monde dans l’enveloppe des mots et, comme les mots font partie de notre corps, la poésie aide à mieux respirer. L'Autre entre dans le texte, notre regard se lave. «À l’image d’une rivière peu profonde dont on voit le lit de sable fin», la légèreté fluide dépeinte par Bashô s’éprouve pas à pas, avec l’intuition du temps et des frictions nécessaires aux rochers pour se changer en poussière soyeuse.
L’écriture est le seul pays que je connaisse où il fait bon se sentir étranger. J’ai suivi la route, le fleuve, la feuille, le pétale, le flocon, l’écume, l’air, la libellule, le parfum de ma grand-mère, la lune, la glace, l’orange sanguine, sans savoir que j’étais en train de ramener mon grand-père à la vie.

1 

Les voyageurs

Ce monde de rosée
est un monde de rosée
pourtant et pourtant
Issa

Je ne te parlerai pas de l’haleine de figue
des vieux marchands dans la rue 
je n’étais pas sur ce bateau
d’Alger à Marseille 
à l’épaule
un pays un autre
dans le ventre 
appui bleu de cobalt
les amis
les maisons
les ancêtres en sillage
je n’ai pas senti les siècles
emplir ma chemise 
la solitude déchaînée
des roulements de mon corps 
j’ai bu
le jus de l’orange sanguine
pressée par une main
résistante
*
Je n’ai pas appris à dire Venise
Vienne, Dieppe
Helsinki 
j’ai suivi le chemin vers
la rousseur de l’été
où tombent les feuilles vivent
de vieux papillons





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29 mai 2014

Haïku de pêche à Opitciwan


Filet de brume
Autour de ma barque
Tel est pris qui croyait prendre



Le 29 mai 2014
à Opitciwan

26 mai 2014

À l'est de l'Est




À l'est de l'Est sous les plateaux chair de lichen 
Blanc-Sablon le désir naissait de la vague
dans les halos verts d’un pub irlandais

il s’évaporait de nos corps détrempés
pour mieux revenir en fumée mauve
dans un cimetière des Gonaïves
un jour de Souvenance
ça arrivait
aussi à Montréal
au goût de l’été qui déclinait
sous des guirlandes de ballons roses

une simple envie de te voir jouer au billard
dans l’œil un rêve mille fois reflété
jusqu’à ce que je m’y attarde

l’ombre d’une île
découpée sur l’eau calme
émeraude, bleu-gris
insistant
là où la terre
s’écoule dans les cascades du soleil

la répercussion à perte de vue
d’un jeu d’enfant



L.M
Extrait de
Orange sanguine
Éditions Mémoire d'encrier, octobre 2014
Éditions La Passe du vent, février 2015
 
"À l'est de l'Est" paraît également dans la revue