29 mai 2014

Haïku de pêche à Opitciwan


Filet de brume
Autour de ma barque
Tel est pris qui croyait prendre



Le 29 mai 2014
à Opitciwan

26 mai 2014

À l'est de l'Est




À l'est de l'Est sous les plateaux chair de lichen 
Blanc-Sablon le désir naissait de la vague
dans les halos verts d’un pub irlandais

il s’évaporait de nos corps détrempés
pour mieux revenir en fumée mauve
dans un cimetière des Gonaïves
un jour de Souvenance
ça arrivait
aussi à Montréal
au goût de l’été qui déclinait
sous des guirlandes de ballons roses

une simple envie de te voir jouer au billard
dans l’œil un rêve mille fois reflété
jusqu’à ce que je m’y attarde

l’ombre d’une île
découpée sur l’eau calme
émeraude, bleu-gris
insistant
là où la terre
s’écoule dans les cascades du soleil

la répercussion à perte de vue
d’un jeu d’enfant



L.M
 poème paru dans la revue 
Extrait de
Orange sanguine
à paraître aux 
Éditions Mémoire d'encrier, octobre 2014
Éditions La Passe du vent, février 2015 

  

29 avril 2014

Les alvéoles des rêves



Rien d'autre maintenant que le flux mourant, la terre tremblante, les derniers galets mouillés, cette pluie légère, cette aube de jacinthe qui déchire le coeur. 
Patrick Laupin, Le jour l'aurore


À Patrick Laupin,
Certains lieux se font attendre. On les dessine avec l’entière vibration de ses paupières plusieurs années avant de les investir. On peut rêver longtemps à un endroit avant de s'y retrouver en personne et, le jour venu, avoir l'impression d'y avoir déjà vécu. Ça se replace dans le corps, les morceaux entraperçus, les images voyagées, le temps qui s’était fragmenté autour d'une ossature fragile. Les premières impressions viennent se coller dans les alvéoles que les inspirations des rêves avaient creusées pour elles. Un parfum, une silhouette, un fourmillement. L’éclat neuf des odeurs, la délivrance des sens enfermés dans leur désir d’exulter. Et puis peut-être que ça se love dans l’enfance, comme un peu tout ce que l’on cherche pour s’inventer une vie à soi, de simples croquis paysages qui se déploient, des attitudes qu’on reconnaît, une façon de se déplacer sur la terre, des dieux anciens qui ressurgissent trimballés dans les bagages des grands-parents et qui nous jouent des tours en se glissant dans les trous du temps pour pointer leur nez sous d’autres latitudes. La mappemonde dans les pétales de l’églantier. Rosa canina. Mais rien ne remplace les variations d’une voix quand tombe la nuit sur les feuilles fraiches de l’acajou. 
L’autre possibilité serait que tous les mots que l’on prononce et plus brutalement qu’on lit ou écrit envoient des ricochets loin dans le monde. Nous sommes transformables, modelables sous l’effet des phrases qui nous atteignent. L’émotion que ces phrases suscitent déverse des histoires sous la pulsation puissante du désir, et il nous faudra un jour les rattraper. Étrange bonheur que celui de se fondre au flux de son imagination désirante. Combien de fois nous échappons-nous de nous-mêmes pour partir en explorateurs de notre futur ?  

Écrire reviendrait à rejoindre le jour
le jour (ce clair souffle tremblant)
mot que ne couvre pas la durée
Patrick Laupin 


Denis Smith, "Dambala Wedo"
Dans le brouhaha distrait de nos imaginations, le serpent lové répercute ses orbes. Sensible au rêve des corps, fragile à la nuit des vents, le soleil fugace et notre liberté qui se soulève offerte à la pluie, à la brume, sur le dos des chouettes, le nom heureux des choses.

L.M., Montréal, le 29 avril 14



17 avril 2014

Vénissieux notes éparses à Montréal emmêlées



À  Thierry Renard,

7 janvier - Vénissieux printemps précoce - une place des hommes en terrasse sous des pins tremblants transplantés maritimes deux thés à la menthe un café lente mémoire née à 5 kilomètres à vol d’oiseau personne ne me connaît pourtant nous sommes neufs sans histoire sous ma peau d’invisibles glaces

10 janvier - une fenêtre de cuisine en haut de l’école primaire - une cour d’école un parking des maisons avec cour une enfilade d’immeubles au loin des lumières les montagnes dures découpées ciselées enfoncées dans le ciel comme une mâchoire d’adolescent en pleine croissance

16 janvier - entrer dans une ville par les poèmes que les gens portent en eux sans le savoir - c’est avoir l’impression de l’habiter depuis dix ans quand ça ne fait que dix jour

17 janvier - faire entrer du vivant dans les ateliers - environnement propice réciprocité pouvoir dire je viens pour moi poser une orange sur la table pour s’échauffer peindre dépeindre faire le tour d’une chose retrouver un certain soleil humer une herbe odoriférante retrouver un certain sol prendre dans sa main un galet équilibre entre ce qui est préparé et ce qui surgira laisser la place à ce qu'il adviendra de la concordance entre une rencontre un temps un lieu un livre compagnon et la poésie qui nous traversera fondations du champ libre à l'étonnement être ouvert au changement de cap à l’impro donner des ateliers n'a rien à voir avec écrire une autre disposition de l’esprit un choix personnel une autre aptitude une autre envie le partage d’un désir provoquer la naissance d’un désir d’écriture par le souffle la respiration le corps humaniser incarner simplifier laver les mots leur redonner leur fraicheur d'enfance comme si on les prononçait pour la première fois ramener l'écriture au concret plaisir de mettre les mains à la pâte

27 janvier - on regarde on se promène on sait pas la vie - les pieds qui très ordinaires se plaignent sur les dalles de hauts talons besogneux portés par d’autres filles en d’autres pays bottines de seconde main friperie rue Mont-Royal à Montréal aujourd’hui dans les rues du Vieux Lyon descendant de ma naissance à l’ombre de la jupe de Notre Dame de Lorette belle noire ma lumière verticale plongée à vol de corbeau premier cri premier bourgeon dans les pommetiers le long des façades rose oranger que ma ville est belle je ne savais pas comme c’était si simple de recourir à sa première heure pour mieux reconnaître le sens de ses pas avec ce sourire d’évidence et cette vie qu'on console quand on ne cherche plus à savoir d'où l'on vient qu'on recroise l'homme en noir deux fois dans la ville en marchant a l'aveuglette il touchait l'ombre de ma tête de ses pieds dans une ruelle du vieux Lyon et maintenant échange des pièces de monnaie avec un homme plus jeune sous la basilique de Fourviere quai de Saône l'homme en noir porte une veste de cuir longue il a les épaules hautes ou la tête basse le menton anxieux la clope au bec des gestes nerveux décidés l'inquiétude des minutes qui passent à la table voisine un homme écrit dans un carnet noir il sourit le visage en plein soleil me regarde écrire nous fumons chacun à notre table je cherche sur internet la transcription des monologues intérieurs de la bibliothèque dans le film Les Ailes du désir pour préparer mon atelier d'écriture de la médiathèque de samedi si nous pouvions écrire comme des anges avec les autres mais sans pathos des éponges transparentes qui absorbent sans retenir l'émotion ambiante noter les livres noter les pensées regard planant travelling à travers les rayons de la médiathèque toucher sans sentir décrire la matière sans se heurter à son poids effacer les odeurs les parfums entendre la musique des coeurs dans le silence des livres belle journée de pluie et de lumière giboulées de mars en janvier lu Césaire sur un mur

11 février - de Vénissieux le bleu fascinant des heures lourdes - lorsque le ciel déplie les images passées sous nos paupières une fenêtre s’allume puis une autre aux parois des immeubles agrippés à la vallée des gens sortent emmitouflés réels les réverbères précèdent le soleil les montagnes soufflent il ne pleuvra pas j’ai quarante et un ans et sous le réverbère une femme chaque matin à sept heures porte un foulard noir jette un œil à ma fenêtre qui s’allume au moment où elle monte dans le bus 7 h 10 mes pays sont les vôtres ils tiennent dans une pièce mon corps la radio m’apprend que les présidents français et américains mangeront à la même table ce soir revenir à mes moutons des formes laineuses sur la page blanche se promènent dans la vallée où chaque bourrasque en forme de nuage me renseigne sur les tempêtes au loin écrire pour apprivoiser le vent et repousser la mort en se gonflant de souffle j’habite sous une horloge à quatre cadrans qui indiquent la même heure comme le temps est doux quand il ne fait aucun bruit et s’annule lui-même en se reflétant cubique écrire sans se demander quoi tracer un sillon dans l’épaisseur du jour relier aujourd’hui au jour de sa naissance voir clair à dix heures trente l’heure de la récréation les voix des enfants dans la lumière encore douce montent vers midi chorale criarde sons moqueurs joie pure pleurs pour la mère respirations craintives désir de vaincre d’attraper le premier le ballon 19 heures 33 des réverbères s’allument dans la vallée peu de lumières aux fenêtres je fais cuire des pâtes

16  février - 4 heures du matin Montréal de retour au léger - battement de cœur d’être chez soi dans l’immensité d’un continent de la neige et du froid un dédale de fleuves de rivières et de lacs le tour du monde n’a pas fleuri j’écoute simplement le réel mon corps ses flux de sang ses désirs impulsifs le goût âcre du café sans sucre le bureau mal chauffé au-dessus de la cave la cour enneigée le moteur d’une souffleuse la vie s’insinue là où elle peut dans le moindre grincement de la nuit apaisée en décalage horaire emplie d’autres visions de tours de fenêtres de nuages les choses s’impriment dans la mémoire récente et cristallisent avec le froid le Québec est un poème perpétuel une force de pétrification et de renouveau la mémoire vie qui s’échauffe à 4 h de nouveaux amis leurs livres sur le bureau Vénissieux sous le coude dans un recul qui n’en est pas un son sourd du premier métro sous la neige la lumière est ce souffle dru pensive invitante je suis au cœur de l’intérêt d’une vague pour le prochain rivage où s’écraser pleine assoiffée de ruissellements et d’éclats

- 17 février vivre parsemer d’efforts les tempêtes qui nous regardent - poudroiements d’os verticalité des tours rue Saint Laurent la Main fouet froid flocons lumière poussière la pâte a levé dans les vitrines des boulangeries portugaises les tableaux ont vieilli dans les devantures des brocanteurs l’hiver a la fièvre des identités mélangées poudre de riz retombée envolée entre deux pas de porte salons de coiffure à chaque coin de rue se retourner sur son propre passage qu’ai-je fait de mon ombre ? but : vieillir sans colère plus légère plus liquide appartenir aux couleurs défraichies des façades englober la main qui nous traverse en grossissant ses lignes fortifier l’enfance qui frappe au ballon la blancheur du flocon des lacs lointains dans les nuages disparus tu claques l’air bandé tu réveilles ton usure des gris des blancs des jaunes dorés effondrés brûlent tes paupières rouges grand-père fatigué le même homme se redresse parfois une jeune femme l’aide parfois il marche seul la nuit n’a pas besoin d’aide pour tomber plus tard les étoiles mauves la perte de contrôle jaillit d’une seule coulure sur les toits de brique je n’ai pas vu Montréal je l’ai laissée m’épuiser par petites touches d’années vagabondes sans ordonnance

18 février - hurlement des sirènes tuque blanche capuche noire - barbe de quatre jours mains dans les poches un homme traverse après le passage des pompiers flocons froids dans la lumière piqûres sous la manche les grands voyages commencent à perler dure la voix des anciens bonnet bleu casque de vélo panier arrière cheveux pris dans les barres de ses lunettes de vue femme d’une cinquantaine d’années tourne sur Fairmont couple la femme son pantalon tombe sur une tunique de nuit en soie mauve raisin traversons vite traversons la rue au clignotement de la main reflet de nos vies emmêlées nos pays qui dansent autour de tes doigts Saint Laurent te passent des bagues sans promesse quitter rentrer repartir libre voyager revenir des enfants en ribambelle dominante de fuchsia pour les tuques et les pantalons de neige reviennent du parc et entrent à la garderie de jour les lieux communs m’écorchent le cœur comme les questions envahissantes j’avais débarqué à Montréal pour y vivre une sorte de promesse un rendez-vous manqué quelque chose comme la liberté la possibilité d’en finir avec recommencer sans jamais arrêter chaque jour à entrevoir mais quoi au bout du compte les choses se répètent et on se retrouve face à toi toujours le même monde les mêmes passages cloutés les mêmes évolutions il fait froid il fait chaud il fait froid il fait chaud

10 mars  - en Vénissieux 

il épluche
une orange
sur un banc
de la place
de la Paix

il porte
un veston gris
une moustache grise
des sacs de plastique rose

je me repais
de son sourire

21 mars - train Marseille Antibes un coup - au coeur les rochers rouges de l'Esterel

22 mars - carreaux à l’ange - la chouette aux trois oursins

23 - Marseille en mars - cheveux aux vents bleu corps de chienne le printemps court à mes mains mistral place de la Lenche libre ma parenthèse un souffle connu baiser de l’air couchée secrète sous le velux une étoile des dominos tiennent le ciel coûte que coûte lendemain première fois tu as rouillé me dit-on en rêve au port la rouille noire personne n’arrive plus d’Ithaque silence les mats les pontons grincements les bâches des bus des goélands des claquements O vagues lointaines prière d’un feu noyé ressourcé mât de misaine grand roue triste rose barbe à papa l’ambiance nuit de mon recommencement

24 mars - place Marie des anges - rue Fontaine des vents la lune ensoleillée je te porte à mon épaule pilon cruche Hathor déesse vache femme disque solaire entre les cornes le blé l’olivier la vigne la traversée de la mer le jaune de la robe de l’homme ce soleil astrobale sextant noir de Corinthe taureau marin myrthe grenadier figuier asphodèle baiser Lenche bois souple chaux draps vert d’eau sous ciel ciel deux nuages

2 avril - devenir Vénissieux - donner prendre recevoir transmettre s’écouler dans la ville susciter le désir de dire éponger par les mots les peines apaiser recréer dire bonjour écrire sans écrire faire écrire les autres leur dire l’autre en soi aller vers l’autre avec les ailes du désir être l’ange d’un inconnu regarder par la fenêtre trouver le poème dans le jus de l’orange sanguine partager des pâtisseries au citron parler rire discuter pleurer applaudir être l’autre couvrir l’autre de son écoute partir prendre le tram faire surgir la musique dans les corps réceptacles d’enfants à vif les relier par les fils d’une partition de chants d’oiseaux « Vénissieux vent soucieux » sourire sur les trottoirs regarder les voitures et les bus se sentir à sa place de passage marcher prendre un café dans une tasse quand on le voudrait dans un verre pour faire comme les autres au Vieux Bourg où tous les hommes ressemblent à ceux d’une famille éparpillée concentrée dans le regard d’un grand-père partager le cahier d’un vieux monsieur italien qui vous offre des chocolats avoir peur de le décevoir lui sourire l’écouter monter sur la terrasse de l’horloge bruits de la récré sons de l’heure qui tourne du soleil de la lune le long des tours dans la vallée lire préparer un nouvel atelier


17 avril - Montréal doucement ma vie voyage - et je voyage avec elle dans l’air les durées malléables l’esprit s’oublie hors sa chair les étoilements courbes du soleil nettoient l’avenir on se rappelle de ce que l’on verra hier et cela recommence à se perdre derrière la nuit en frises morcelées détachées pièces de verre d’un poème à recomposer patiemment le jour lettre par lettre les absences de l’air les trous noirs et les spirales mauves autour des corps bleus

le voyage s’étend
d’une personne à l’autre
un véritable bagage
tout ce qui nous fume
un puits
des étages
un grenier
marche et monte
descend
les lieux bougent
gravitent
autour
de la maison
le vent tremble
l’air s’émeut
les jours fluctuent




































Traces d'écritures et d'ateliers donnés

dans le cadre d'une 


à Vénissieux du 6 janvier au 6 avril 2014

10 avril 2014

Ton souffle rentre au poème


ton souffle rentre au poème comme à la maison

alors écrire
écrire par les contours
sculpter le silence avec les sons
envelopper les mots et les formes d’immensité
oser la blancheur de la page, l'opacité des choses

poser l’oreille contre le mur du silence en prenant appui sur les mots
créer une partition de vibrations rendant palpable l'invisible, les émotions
relier l’infiniment petit à l’infiniment grand

écrire permet de faire circuler le souffle du monde dans l’enveloppe des mots et comme les mots font partie de notre corps, l’écriture aide à mieux respirer, elle propulse

dès que l'on écrit, on se rencontre sous un nouveau visage, mais à partir du moment où l’on fait entrer l'Autre dans nos textes et en nous, c’est notre regard qui se lave, notre vision du monde qui s’élargit, notre langue qui se renouvelle, notre voix qui apparaît

l'écriture est le seul pays que je connaisse où il fait bon se sentir un étranger 

écrire donne le pouvoir de s’approcher si intimement des gens — plus que permis — qu’on se loge au cœur même de leurs contradictions, sans jugement, sans raison. On éprouve une sorte d’amour inconditionnel. Dangereux amour dont seul le poème peut nous relever

le poème est cet instant photographié dans les effondrements de l'émotion. Il rend présent ce qui déjà n'est plus

le poème est l'éclair qui répercute la foudre, qu'elle soit tombée hier, il y a dix ans ou bien dans les cinq secondes qui suivent

seule la poésie peut réconcilier l'irréconciliable dans la brèche de silence qu'elle impose entre des forces contraires


par sa force intérieure, celle des mots habités de souffle, le poème nous maintient debout malgré toutes les déflagrations et les chutes dont il garde trace

le poème a la nudité comme armure


L.M.

Texte présenté en amont du 24ème Festival international de la poésie de Medellin (Colombie) en juillet 2014. Version espagnole Ici.


2 janvier 2014

Traversée | Vases communicants avec Philippe Aigrain


Qu'il est doux de commencer l'année par un échange de poèmes. 
Philippe Aigrain, l'ami qui marche dans la montagne, a laissé entre les Portes un peu de son souffle et je le remercie de sa "traversée" lumineuse... 


Traversée

on ne traverse pas une montagne
on fait sa traversée
une chaîne de montagnes
si on la traverse
on la parcourt en son long

une chaîne de montagnes
on la passe
avec ou sans passeur
et une montagne
on ne fait qu'y passer













on l'habite bien sûr
mais pas jusqu'en haut
vers le haut l'air se raréfie
la vie devient plus précieuse
et ses traces des trésors
 
le séjour estival y festoie
de ventrèche et de polenta
et même en hiver
il s'y cache des abris
où rapprocher nos corps
 
dans le jour blanc
l'égaré recherche des parois
comme le marin un signe des terres
il avance en pas prudents
à l'erreur systématique
 
que vienne la trouée
et au long de l'arête
l'esprit s'étiole et vibre
quand il redescend
comme le vent il s'échauffe
 
la montagne lui rend son souffle
il est nouveau comme un jour
 
Philippe Aigrain 

Photo : Linaigrette au Passo Maccagno, Laz McMurphy, Licence CC-By-NC-ND-Fr-2.0


Écho dans la montagne de Philippe Aigrain et par le mouvement qu'il m'inspire, mon poème maritime écrit pour son site, L'Atelier de Bricolage, se trouve ici : "La baie". 

Cet échange a lieu dans le cadre des "Vases communicants" : le premier vendredi du mois, ne pas écrire pour l'autre, mais écrire chez l'autre. Cela permet de se décentrer, de sortir de ses zones de confort, de laisser l'écriture rejoindre des rivages d'étrangeté, de se renouveler tout en créant des liens, de faire circuler les voix... 

Les différents jumelages spontanés de ce mois de janvier 2014 ont été compilés ici grâce à la généreuse attention de Brigitte Célérier. Bonnes lectures... 

2 décembre 2013

L'étang d'Arnoux


Vivre là.
Dans la vallée aux nénuphars. 
Libellules rouges au chapeau. 
Vaches à cornes et fleurs mauves de rizière.
Les chaloupes vont et viennent au rythme des bonsoirs, les passeurs lisent la pluie dans les rides du ciel touffu. 

Chaude pluie sur le visage.


Les feuilles des bananiers, des toits sur lesquels rebondit la pluie. Tressage des murs en tiges de vétiver. Bouteille vide plantée dans le sol à l'entrée d'une maison. "C'est mystique" dit vaguement Elritchy. Les enfants apparaissent d'en-dessous les arbres. Ils reviennent de l'école avec leurs sacs en bandoulière, col de chemise à petits carreaux verts et blancs bien repassé, et les cils recourbés vers le ciel. 

Eau de cocoyé bue dans le fruit.

La pluie tombe. Dans la petite cabane du vendeur de cigarettes "Comme il faut" et de minicuscules bouteilles de Bakara, on se réfugie pour taper les dominos.

 
On suçote d'immenses bâtons de canne à sucre comme si c'était des sucres d'orge géants.

Petit bassin de source fraîche. 
Les souvenirs d'enfance remontent aux yeux.


Le parrain d'Elritchy n'est pas là, lui dit son parrain.
Bon, on repassera... répond Elritchy.



Le Mapou, l'arbre de l'arbre de l'arbre de l'arbre...

L'oiseau-docteur marche sur les nénuphars et les docteurs-feuilles préparent l'huile de palma christie.


Étang d'Arnoux, Petit-Goâve
















Merci à Jacob, Sandra et Elritchy
pour cette traversée
du temps
un 5 novembre 2013